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Musée du Louvre Apoxyomène de Croatie (2)

L’Apoxyomène de Croatie
Un athlète en bronze antique sauvé des eaux
Etait exposé au département des antiquités grecques, étrusques et romaines, Aile Denon

Les circonstances de la découverte
C’est une magnifique sculpture d”athlète, découverte au fond de la mer Adriatique, restaurée par la Croatie. La statue daterait d’environ un siècle avant Jésus-Christ. Presque entièrement recouverte de coquillages, la statue était tournée vers la surface lorsque elle a été découverte dans la mer Adriatique.

Une histoire digne d’« Indiana Jones ».
“En 1996, alors que la Croatie panse les plaies des guerres yougoslaves, un touriste belge féru de plongée fait une incroyable découverte à 45 m de profondeur, près des côtes : une statue grecque presque entièrement recouverte de coquillages semble regarder la surface. Ce plongeur, décédé au printemps 2012, attend deux ans avant de prévenir l’Etat croate, mais contacte des mécènes anglais, qui seront associés à l’opération de sauvetage. Le 27 avril 1999, le lutteur grec est sorti des eaux, environ vingt siècles après avoir été sculpté dans le bronze”. (le parisien.fr 23/11/2012)

Son état de conservation, exceptionnel,  est  dû au fait d’avoir été bloqué par des rochers en coulant. « Il aurait pu tomber plus profond, dans une faille sous-marine, et l’on ne l’aurait jamais retrouvé, comme des tas d’objets… » sourit Sophie Descamps, conservatrice des antiquités grecques et romaines au Louvre.

Dans leur très grande majorité, les statues de bronze n’ont pas survécu à l’Antiquité alors qu’elles se comptaient par milliers. Ces oeuvres ont été refondues en des temps de pénurie, dès l’époque des invasions barbares, pour récupérer leur métal -majoritairement du cuivre et de l’étain- afin de fabriquer de la vaisselle, des armes, et des outils. Celles qui ont été épargnées l’ont été de manière fortuite : elles n’étaient déjà plus connues à la fin de l’Antiquité.

Aussi, la découverte d’un grand bronze antique est-elle toujours saluée par la communauté scientfique commeun évènement majeur. Les questions débattues concernent la date de l’oeuvre, le lieu de sa fabrication, son attribution à un atelier, à un auteur ou à une école, sa provenance, sa destination et s’il s’agit d’un original ou d’une réplique antique d’après un prototype perdu ou non.
Repéré en 1996, l’Apoxyomène de bronze gisait par 45 mètres de fond dans les eaux de la mer Adriatique.

Pourquoi Apoxyomène?

Son état de conservation est exceptionnel. Ne manquent que les yeux, l’auriculaire gauche et les strigile, le racloir  métallique, que le jeune homme -un athlète occupé à nettoyer son corps après l’effort physique, en raclant (du grec ancien apoxuo : racler, gratter) le mélange d’huile et de sable qui lui colle à la peau- tenait dans la main droite.

L’Apoxyomène, la tête  baissée vers les mains, trahit un geste précis. Il est saisi à la fin de son action, alors qu’il nettoie du pouce gauche la lame de son strigile. A cette époque les athlètes concouraient nus, enduits de graisse et de sable.

Cette composition d’une grande subtilité introduit l’observateur dans l’intimité d’une scène de gymnase et permet de comprendre combien les sculpteurs antiques étaient de fins observateurs de la nudité masculine.  

Il faut l’imaginer avec son strigile dans les mains, en train de se racler (apoxuo) le corps.

 

La position du bras libère entièrement la vision du torse, dont les muscles, particulièrement développés par rapport à ceux des jambes, témoignent d’un entraînement athlétique spécifique : l’athlète représenté était un lutteur.

Les athlètes, parmi lesquels les  apoxyomènes, ont été une source d’inspiration pour les artistes désireux d’étudier le mouvement et la pondération des corps. L’un des apoxyomènes les plus célèbres, dès l’Antiquité, était celui de Lysippe, le grand bronzier de Sycione, avait été créé vers 330-320 av JC et qui fut, par la suite, transféré à Rome, l’ “homme au strigile  que M. Agrippa dédia devant ses Thermes, et qui plaisait prodigieusement à l’Empereur Tibère” (Pline l’Ancien, HN XXXIV, 62).

*On remarque du cuivre rouge pour les lèvres et les mamelons qui prouvent qu à l origine ces statues étaient d une couleur or.

L’Apoxyomène de Croatie renvoie chronologiquement au IVe siècle av.J.C., tout en comportant des détails techniques -la ligne que dessine le joint de soudure entre la tête et le cou et le cou ou la forme polygonale et les dimensions de certaines pièces destinées à dissimuler les défauts de fonte après la coulée -qui interdisent de le considérer comme un original de cette période. Certains spécialistes ont proposé de situer le prototype disparu dans le deuxième quart ou vers la fin du IVe siècle av.J.C.

Aucune épave n’a été retrouvée avec le bronze. Ses yeux incrustés étaient de pierres précieuses vertes ou bleues.

Les Croates ont cherché en vain l’épave du navire qui transportait la statue pour la vendre, à l’époque romaine. « C’était une route maritime très dangereuse, avec des courants forts, beaucoup d’îles et de rochers. Peut-être que le bateau n’a pas chaviré, mais que les matelots en difficulté ont jeté la sculpture pour alléger la cargaison », suppose Iskra Karnis Vidovic, l’une des restauratrices croates. Ces dernières ont daté l’origine du bronze aux environs d’un siècle avant Jésus-Christ… grâce au squelette d’une souris, qui s’était fait un abri dans la tête de l’athlète.

Le strigile

Son strigile n’a pas été retrouvé, néanmoins il y en a au musée du Louvre. Les athlètes grecs se servaient de cet instrument, sorte de racloir, pour ôter l’huile dont ils s’enduisaient le corps. A l’époque romaine, l’usage du strigile se répand. Il est désormais utilisé par les femmes pour éliminer les onguents.

La statue a sans doute été jetée par dessus-bord lors d’une tempête, alors que le navire avait emprunté l’une des voies maritimes qui reliaient la Grèce à l’Italie. Elle était destinée vraisemblablement au décor d’une villa, de thermes ou d’un jardin. L’absence de contexte empêche de savoir quand elle a été emportée, quelle était sa provenance et s’il s’agit d’une réplique de la fin de l’époque hellénistique plutôt que de la période impériale romaine.Avant d’être chargé sur un navire en partance, L’Apoxyomène a connu une période d’abandon qui a permis à un petit rongeur d’amasser sa nourriture dans la jambe droite et de faire  son nid dans l’avant bras gauche.

« On a découvert des traces de laurier, d’olives, de noyau de pêche, de fruits, comme un terrier », explique la spécialiste. Le rongeur avait fait son nid dans le bronze avant le départ en mer. Ce qui signifie que la sculpture était déjà endommagée, peut-être après être tombée, comme l’ont montré les analyses. Les analyses des restes d’un pieu de bois, introduit dans l’épaule droite pour consolider la statue, et de fragments de bois calcinés retrouvés dans la jambe droite confortent l’hypothèse de restaurations dans l’Antiquité.

L’apparence du prototype disparu est confirmée par l’existence de plusieurs copies antiques. Toutes celles dont la tête est préservée présentent un agencement très particulier de la chevelure : les mèches courtes de la frange se relèvent au-dessus du front comme si elles étaient plaquées par la sueur. Parmi ces répliques, deux, de dimensions comparables à celles de l’Apoxyomène de Croatie, sont en bronze : l’une a été découverte en 234 morceaux dans un gymnase d’Ephèse; l’autre, réduite à la tête, appartenait au XVII e siècle à la collection vénitienne de la famille Nani.

Le Louvre possède quelques exemplaires de strigiles. Celui de l’apoxyomène de Croatie n’a pas été retrouvé. A l’heure où vous lisez ces lignes l’Apoxyomène a retrouvé son pays, la Croatie (c’est “son” pays puisqu’il a été trouvé dans les eaux croates).La Croatie nous l’avait prêté gracieusement.

 

47 commentaires pour “Musée du Louvre Apoxyomène de Croatie (2)”

  1. Bonsoir Francine.
    Concernant les voitures chinoises, je ne connais rien de leur qualités mais ils ont débauché de très bons ingénieurs, dans différents bureaux d’études européens pour les mettre au point.
    Bonne soirée.
    Gilbert

  2. Bonsoir Francine,
    Tu as bien fait de le photographier sous tous les angles ce bel athlète … Il est certain qu’il ne laisse pas de marbre … oh pardon de bronze !
    De plus, il est très bien placé, dans une petite salle circulaire sous un plafond magnifique !
    Je connais mes classiques … heu ! disons que j’aime l’histoire ,en particulier l’antiquité .J’ai eu la chance de vivre en Italie ,un pays qui est un musée à ciel ouvert .J’ai participé, dans ma folle jeunesse, à des fouilles archéoliques à Fréjus sur le site de l’ancien port romain .
    Et puis, il y a cette époque fabuleuse qu’est le Moyen-Âge.Je suis bénévole sur le site d’une ancienne chartreuse de Dames(près de chez moi), fondée par Mahaut d’Artois .Les fouilles reprendront en juin .
    Pour les vestiges de Notre Dame, j’avais lu un article à ce sujet sur un “Historia” il me semble .Je n’étais pas sûre .
    Merci pour ce bel article et de ta visite .
    A demain …
    Bonne soirée .
    Bisous

  3. pas besoin de le dire , on le voit bien que tu as mis l’objectif sur certaines parties de son anatomie..
    Un peu de soleil, mais va-t-il durer…!!
    Profite bien de ta journée….bisous.

  4. On peut donc remercier le hasard qui a permis cette découverte.
    La statue est vraiment splendide, et bien représentative des olympiades de l’ époque !
    bonne journée
    bisous

  5. j’ai appris un nouveau mot “strigile” ouf ! j’ai eu peur ce n’est qu’un racloir hihihi ! un peu d’humour ne fait pas de mal n’est-ce pas ! bonne journée bises Cathline

  6. bonsoir Francine …. tudieu le bel homme !!! remarque, le genre de mec à tenir en laisse …. toutes les copines voudraient te le piquer !!!!
    J’ai piqué un fou rire, excuse moi en regardant la deuxième photo de ton article .. attends je séche mes larmes de rire mais reconnais que l’angle de ta prise de vue est un tantinet … évocateur !!! hihihihihihi
    je te taquine mais vrai de vrai, tes photos sont géniales … mais çà c’est pas un scoop !! tu es la reine des photographes !!!
    bisous et bon mercredi

  7. vraiment un bel article ! très complet …
    j’ai beaucoup aimé et je ne suis pas la seule
    Pourquoi ne mets tu pas les sigles de partage en bas de tes articles ???

  8. bonjour , en plus d’être bien taillé , il a une belle tête ton Apoxyomène…Pas de neige ici mais du vent frais…pas de sortie prévue….bisous de nous deux..

  9. Il a peut être sauté tout seul du navire ! Et comme il ne savait qu’il était en bronze, il a coulé. Bon pas très balaise pour un athlète. Bonne soirée. Bisous. Yves

  10. Bonsoir francine , pas de neige chez moi…super ton appolon , vu de près il est encore plus beau..;tu fais de belles recherches ..bonne soirée , bisous

  11. Cet apoxyomène aurait pu avoir les yeux verts …
    Quant à l’anecdote de la petite souris, elle est tout à fait charmante et prouve encore une fois que rien n’est anodin .Le moindre indice peut se révéler très précieux .
    Il a retrouvé sa terre natale et c’est normal qu’il en soit ainsi …

  12. Bonne suite. En tout cas l’utilisation de la contre-plongée est la bienvenue. Un bon emploi de ton grand angle.
    Je me suis “confusionné” hier, je pensais qu’il était mort avant de voir sa trouvaille restaurée. C’est difficile à faire autrement au grand angle mais dit donc tu as fantasmé sur l’anatomie du personnage ! En tout cas, félicitations pour ce beau reportage. Il est exposé dans un bel écrin lumineux qui lui convient bien.

    Bonne journée.
    bises

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