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Le passage de la Trinité

Un plongeon dans le Paris historique et secret. La rue Saint-Denis comptait un nombre important d’églises, mais aussi d’hôpitaux, qui aujourd’hui n’existent plus. Le passage de la Trinité est un des rares vestiges qui subsiste de ce passé.

Un passage secret
Avant que le Baron Haussmann ne perce le boulevard de Sébastopol, tout ce quartier est un ensemble de ruelles et de passages qui reliaient la rue Saint Denis à la rue Saint Martin. Le passage de la Trinité est tracé sur l’ancienne ruelle qui menait à l’entrée de l’hôpital et de l’enclos de la Trinité. C’est l’une de ses étroites venelles aussi discrètes que peu fréquentées dont Paris a le secret.

Une arcade charretière ornée d’une clé de voûte ouvre sur la cour de la Trinité, puis dans le passage de la Trinité.

Cette ruelle surprend par son tracé sinueux et le ruisseau axial qui la traverse. Cette sinuosité évoque la topographie d’une ville médiévale. Et pourtant il n’est pas tout à fait d’époque. Sa mention dans la nomenclature parisienne ne remonte qu’au début du XIXème siècle.

Le passage de la Trinité est percé sur l’emplacement de l’enclos de l’ancien hôpital de la Trinité, son histoire du passage est intimement liée à celle de l’hôpital de la Trinité, successivement asile de nuit pour les pèlerins au XIIIème siècle, congrégation hospitalière, foyer du premier théâtre français, hospice pour les orphelins indigents et école de formation aux Arts et Métiers !

L’Hôpital de la Trinité s’étendait approximativement du 142 au 164 de la rue Saint-Denis, sur une parcelle au carrefour des rues Saint-Denis et Greneta. Il mesure environ soixante mètres.

Aux origines
En 1201, sous le règne de Philippe-Auguste, les frères utérins Wilhem Effacuol (Guillaume Escuarol) et Jean De La Paslée (Jean Palée) obtiennent du prieur de Saint Lazare un affranchissement de cens (droit seigneurial) afin de bâtir un nouvel hôpital en mesure d’accueillir les nombreux pèlerins s’approchant de la ville sur un terrain au lieu-dit ” croix de la Reine “, près de la Porte-aux-Peintres. Terminé en 1202, il se nommait alors ” hôpital de la Croix de la Reine “. Le lieu est choisi à dessein puisqu’il se situe exactement à la lisière de la ville, face à l’ancienne porte de Saint-Denis ouverte sur l’enceinte de Philippe Auguste. Il prend le nom de La Trinité en 1207.

En 1210, sa gestion est confiée aux Prémontrés de l’abbaye d’Hermières-en-Brie, afin d’offrir l’hospitalité pour les pèlerins et les passants hommes, l’hôpital Sainte-Catherine étant réservé aux femmes, qui y firent construire une chapelle.

En 1353, les administrateurs de l’hôpital cèdent à la pression du prévôt des marchands et des échevins parisiens et louent une partie de l’enclos à la ville pour en faire un cimetière. L’acte de cession porte que les bourgeois et habitants de la ville auront le droit d’y entrer ” toutes les fois et à toute heure qu’il leur plaiera “, que le prix d’inhumation sera de 18 deniers pour une fosse particulière, 8 deniers en fosse commun e et 6 deniers pour une fosse d’enfant.

De l’hôpital au théatre
En 1365, la construction de l’enceinte de Charles incorpore la Trinité incorporée dans Paris. La destination de l’hôpital change. En 1402, les confrères de la Passion obtiennent de Charles VI des lettres-patentes les autorisant à jouer en public les jours de dimanche et de fête. Ils louent à la Trinité une grande salle pour y représenter des mystères tirés des Évangiles, qui semblaient le complément des spectacles augustes des églises. Pendant un siècle et demi, l’hôpital de la Trinité fut le lieu le plus populaire et le plus fréquenté de Paris, jusqu’en 1545, année où la troupe s’installe dans l’hôtel des Flandres.

En 1545, les religieux de la Trinité ayant cessé d’exercer l’hospitalité, le parlement ordonna : ” que les enfants des pauvres invalides compris sur les rôles de l’aumône et unis en loyal mariage, âgés pour le moins de six ans, seroient charitablement reçus dans cet hôpital, nourris et instruits dans la religion et dans les arts et métiers “.
L’hôpital prend le nom “d’ hospice des Enfants-Bleus ” car il y avait dans cet établissement 100 garçons et 36 filles tous vêtus de costumes bleus. Ces enfants étaient instruits et on leur apprenait un métier.
Cette école pratique produisit une foule d’artisans habiles, et la plupart des maîtres qu’elle a donnés ont acquis une sorte de renommée: on cite parmi eux le tapissier Dubourg, qui, en 1594, fit les tapisseries de Saint-Merri, et que Henri IV mit à la tête de la manufacture royale des tapis de la Savonnerie.

L’hôpital-hospice est supprimé au début de la Révolution française et ses bâtiments furent vendus en 1812. L’église, qui est rebâtie et agrandie en 1598, et le portail reconstruit en 1671, est vendue en 1812 et démolie en 1817.
En 1790, au lendemain de la révolution, l’hôpital de la Trinité est supprimé et ses biens attribués à l’administration générale des hospices. L’église vendue en 1812 est démolie en 1817.

L’enclos originel est transformé en rues et passages parisiens. Le passage de la Trinité voit officiellement le jour. De nombreuses fabriques et ateliers d’artisans s’établissent sur ces nouvelles voies prolongeant la tradition.

Le passage de la Trinité a bien failli disparaître lors du percement du boulevard de Sébastopol. Le décret du 29 septembre 1854, relatif à l’ouverture du boulevard de Sébastopol prévoyait la suppression de ce passage, elle n’a jamais été appliquée.

Aujourd’hui, le passage de la Trinité est un des derniers témoins de l’hôpital de la Trinité, et une curiosité du tissu urbain. Traversé par un ruisseau axial d’un autre temps dont le charme s’il est un peu décrépi n’en demeure pas moins certain.

Accès 164 rue de Saint-Denis et 21 rue de Palestro

 Sources :

Le guide du promeneur Paris 2e arrondissement Dominique Leborgne, éditions Parigramme

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Nomenclature de Paris
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52 commentaires pour “Le passage de la Trinité”

  1. Bonjour Francine, l’amoureuse de Paname , le Passage de la Trinité avant l’époque de Napoléon III et du baron Haussmann qui a fait énormément pour rénover Paris mais aussi d’autres grandes villes de France comme Lyon, il est vrai que cette rue comme d’autres étaient avant 1850 de vrais coupes gorges , j’aime aussi le vieux Paris , ville dense, riche mais ou je me perds assez facilement je l’avoue.

  2. Et de toute cette riche histoire il ne reste rien que la mémoire que tu nous transmets.
    Ces enfants bleus me font penser aux pupilles de la nation qui ont été créés après la première guerre mondiale (mon père en était un)
    Quant au ruisseau axial je le trouve magnifique, il est la preuve que même de nos jours parfois on sait construire des routes et des chemins en tenant compte des lois de la gravité qui régissent les gouttes de pluie et ce n’est pas toujours le cas hélas !

  3. Bonjour,
    Je n’aurais jamais imaginé que ce passage avait une telle histoire !
    Les gens qui habitent dans ces étages sont au calme mais certains ne doivent guère voire le soleil , à moins que l’autre côté soit mieux exposé et moins resserré .
    J’admire toujours la qualité de tes articles …et de tes photos !
    Bises .

  4. Bonjour Francine; oui ces petites lémuriens ne respectaient pas la
    distance de sécurité (rire).
    Ces animaux sont certainement plus sociables que nous les humains.
    Je te souhaite une très belle journée de mercredi.
    Bisous.

  5. Re bonjour ma douce amie
    Je refais un dernier essai.
    Un beau passage secret même si je ne serais pas rassurée d’y aller toute seule, il y a de belles maisons et ton article est très intéressant. Superbes tes photos.
    Belle journée et gros bisous ensoleillés de la Réunion.

  6. Re bonjour ma douce amie
    J’ai de nouveau un problème pour commenter, je ne sais pas si tu as reçu mon précédent commentaire, d’habitude je le vois avant approbation mais là rien.
    Magnifiques tes photos, quel bel endroit secret, de belles maisons et une belle découverte pour moi avec ton article bien explicite. Merci du partage.
    Gros bisous ensoleillés

  7. Bonjour ma douce amie
    Quel bel endroit ce passage secret avec de belles portes aux tons grenat et des volets aux tons verts, de belles maisons mais cependant s’y balader seule je ne me sentirais pas en sécurité, j’aime beaucoup les lanternes. De très belles photos.
    En un clic, malgré la grande distance qui nous sépare, je suis chez toi, quelle belle invention qu’internet !
    J’espère que tu vas bien et je te souhaite une merveilleuse journée ensoleillée et douce, pleine de bonheur.
    Je te fais de gros bisous d’amitié de mon ti rocher ensoleillé.

  8. Je voudrais tout voir de ce que tu nous montres avec talent et sérieux.
    Encore un beau reportage qui fourmille de petites histoires faisant partie de la grande histoire.
    Merci Francine, tu me combles de bonheur, chaque fois que je viens chez toi.

  9. Bonsoir Francine,
    je connaissais ce passage, mais pas son histoire, c’est toujours très intéressant de lire tes articles, on découvre tous les petits secrets de Paris. Merci pour le partage, superbe série de photos.
    Bonne fin de soirée.

  10. Coucou Francine,

    Comme il est étroit ce passage, par contre très riche historiquement.
    Il y a de jolis immeubles, mais pour la lumière du jour, quelques petits problèmes.
    En tout cas, j’aime te suivre dans ce Paris inconnu
    Bisous et douce soirée
    Aimée

  11. Bonsoir Francine
    Magnifiques photos…!
    Je crois que je craindrais de prendre ce passage même en plein jour, nous ne sommes plus en sécurité nulle part et personne pour me défendre, bon je reconnais que je suis une trouillarde…comme nous disons chez nous “J’ai peur de la peur qui fait peur aux peureux”
    Bonne soirée ma douce amie et gros bisous
    Méline

  12. Bonjour Francine, je trouve ton article magnifique avec toutes les explications. Que c’est intéressant avec, à l’appui, tes superbes photos. J’aime ces petites ruelles ou passages mais de jour. Un grand merci.
    Bel après-midi, bisous ♥

  13. Coucou. Un cours d’histoire que tu nous donnes là. C’est très intéressant de te suivre dans tes explications et d’emprunter à ta suite ce passage bien étroit. Je pense quand même aux personnes qui ont des appartements qui donnent dans ce passage. Il ne doit pas y avoir beaucoup de lumière qui filtre à travers les bâtiments. Bises alpines et bon mardi.

  14. Quel dommage que ce joli passage soit utilisé pour certains comme support de tags. Les tags, oui mais pas là !!! L’étroitesse de ce lieu ne m’inspire pas beaucoup pour m’y aventurer seule.
    Bonne journée Francine !

  15. Bonjour Francine,
    merci pour toutes tes photos qui nous font découvrir ce passage de la Trinité..
    J’aime bien ta façon de mettre les photos qui nous font avancer au fur et à mesure dans ce passage étroit, avec ce ruisseau au milieu..
    Bonne journée, gros bisous

  16. Bonjour Francine, voilà un bien joli passage, j’adore les pavés.
    Par contre il ne faut pas revenir comme en mai 1968 car ces pavés
    auraient bien servis (rire).
    La pluie est revenue ici et le froid disparu.
    Je te souhaite un bon mardi.
    Bisous.

  17. Bonsoir Francine,
    Mais alors il ne reste plus aucune église en ce lieu !!!!
    je ne m’y aventurerais pas seule dans ces ruelles !!!
    certains endroits ne m’inspirent pas…
    Passe un bonne soirée, bises

    • de jour en tout cas c’est propre, sans danger pour le promeneur, la nuit je ne sais pas !
      je suis souvent rentrée de nuit à Vitry sur Seine, dans de grandes artères, je ne m’y sentais pas en sécurité

  18. Bonsoir Francine
    Paris offre de bien beaux endroits mystérieux et un grand merci à toi de nous les faire découvrir avec tant de magnifiques photos
    Bisous
    Am

  19. Bonsoir
    Un passage très étroit qui fallait surement à une certaine époque ne pas prendre de nuit ? superbes photos bien documentées . Bonne semaine bises

  20. Bonjour,
    Il faut que je trouve le moyen de venir à Paris, j’ai tellement de choses à revoir, mes enfants me disent, tu t’installe à la maison et vous menez votre vie !
    Toutes les époques sont pleines d’intérêt à Paris et une vie n’est pas assez grande pour tout voir et revoir pour moi et puis j’ ai aussi des souvenirs, comme on a tous que l’on garde dans un petit coin.Merci de me rappeler à cette ville.

    Bisous

  21. Je connaissais l’existence de ce passage bien que je ne l’ai jamais pris…Je ne le prendrai pas en pleine nuit mais c’est pittoresque je trouve et on voit bien que ce sont des vestiges anciens, la ruelle pavée est bien utile avec son écoulement central (comme on le fait encore en Provence dans les ruelles étroites). Merci de nous conter son histoire ! bisous et une belle journée

  22. coucou,c’est joli ces passages je dirais petite rue , c’est surement très ancien, mais j’aime bien ce genre de petite ruelle,ce matin nous avons beaucoup de brouillard avec la Garonne,je te souhaite un très bon Lundi,bises

  23. Coucou ma Francine,
    Un passage que je ne connais pas du tout et que je trouve aujourd’hui un peu chargé de tag.
    Son étroitesse et sa sinuosité me fait penser à un passage “coupe gorge”
    Merci pour cet excellent partage.
    Bises et bon début de semaine

  24. Bonjour Francine très belle balade dans ces petites ruelles qui ont du charme une magnifique série avec ces très belles photos que tu partage merci bonne journée bisou Claudine Daniel

  25. Je n’aimerais pas habiter un tel passage où le soleil doit se faire rare et les voisins trop proches. Mais ta série a le mérite de me faire connaître un passage dont j’ignorais totalement l’existence. Bisous

  26. Bonjour ,merci de nous faire connaitre ce passage ,il est des endroits que l’on ne connaitra jamais ,aussi de par les blogs,on s’enrichit et grâce à toi on découvre des lieux de Paris moins connus.je te souhaite une belle journée,bises.

  27. En tout cas, ces passages étroits ont l’ai d’être bien tenus et assez propres… et, je pense qu’ils doivent être de sacrés raccourcis…
    Enfin on revoit aujourd’hui un peu de ciel bleu et de soleil ce matin… j’ai de plus en plus horreur de ces temps gris, humides et frais !
    Bises de la Bourgogne
    Gilbert

  28. C’ était au temps où la religion catholique avait de l’importance, et que le clergé tenait à abriter les pauvres !
    Depuis, le veau d’ or a remplacé Dieu !
    J’aurais pensé Moyen-âge aussi avec ce ruisseau d’ écoulement au milieu de la venelle !
    Ce passage de la trinité mériterait bien un coup de peinture !
    Merci à toi pour la découverte et tes belles photos
    Passe une bonne journée
    Bisous

  29. Bonjour Francine
    un passage vraiment très coolllllllllllllllllllll et tous me plaît j adore les petites ruelles c est sympa je trouve surtout dans Paris formidable même merci de ces explications très intéressantes et bien sur toi la Photographe extraordinaire pour ces photos je te fais des Bisous et Biz aux chats Excellent
    Lundi DANIELLE

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